Incendie en Gironde: les pompiers dans "l'impuissance" face à un "orage de feu" inédit
L'incendie monstre qui ravage la Gironde a généré un phénomène, inédit en France, d'"orage de feu" rendant les flammes incontrôlables, et place les pompiers dans une situation "d"impuissance", explique à l'AFP le lieutenant-colonel Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.
Question: Qu'est-ce qui provoque cet incendie "hors norme" ?
Réponse: "L'élévation de la température au sol, au cœur de l'incendie, est telle que la chaleur intense monte en colonne et rencontre des masses d'air plus froides au sommet. Le contact crée un "pyrocumulonimbus" appelé "orage de feu" - sans aucune humidité malheureusement.
Ce nuage de fumée génère sa propre météo, avec une auto-combustion de tout ce qui passe sur son chemin. Des éclairs se forment à l'intérieur, qui attaquent les braises au sol et continuent à alimenter l'incendie... Ça produit un bruit sourd, comme quelque chose qui gronde.
Ce type de feu sévit régulièrement au Canada et en Australie mais en France, c'est inédit, même si des effets un peu similaires ont été observés l'été dernier dans l'Aude."
Q: Est-ce incontrôlable ?
R: "On a affaire à un feu dit +convectif+ créant ses propres vents qui changent tout le temps de direction, contrairement à un feu classique généré de manière conique. Résultat: ça part dans tous les sens, il y a plusieurs têtes de feu ce qui rend la situation totalement imprévisible.
On ne sait pas comment le sinistre va se propager, le front change en permanence de position. On ne peut pas lutter. On est comme David contre Goliath: ça veut dire qu'à un moment, on va trouver le point faible et on va le taper. Il viendra soit du salut du ciel avec la pluie - mais il faudrait qu'il pleuve de manière abondante pendant trois jours - soit en trouvant un système pour amener le feu à un endroit où il mourra de lui-même. La mer par exemple."
Q: Les pompiers engagés gardent-ils espoir ?
R: "On est arrivés à un +impossible opérationnel+ qui suppose de laisser la part du feu, de comprendre et d'accepter la force naturelle qui ne dépend pas de nous. Avec une règle d'or: le stoïcisme, c'est-à-dire savoir ce qu'on peut faire et surtout ne pas faire.
La situation sur le terrain est plus défensive qu'offensive: c'est une stratégie de guerre, on n'arrête pas de se faire bombarder et il faut mettre tout le monde à l'abri.
On se rend compte qu'on est dans une impuissance. Mais cette impuissance ne laisse pas de place au désespoir. Tous les efforts engagés vont donner un résultat, c'est une évidence. Il est hors de question que les sapeurs-pompiers se disent que ce qu'ils font sur le terrain est vain.
Leur combat aujourd'hui en Gironde est au cœur de leur mission. Le moindre geste - la défense des points sensibles, le sauvetage d'animaux... - redonne 100% de vie à leur action parce qu'ils ont la rage au cœur.
Il y a une arrière-base qui est là pour les relever. Mais tous les pompiers de France ne pourront pas forcément converger parce que le risque est partout. Il va falloir tenir."
Propos recueillis par Juliette COLLEN.
N.Singer--NRZ