Crise sociale : mobilisation sous très haute sécurité, la justice autorise plusieurs manifestations
Syndicats, lycéens, étudiants et gilets jaunes ont commencé à se rassembler samedi pour le pouvoir d'achat et la défense des services publics, la justice ayant levé certaines interdictions de manifester, une semaine après les violences et pillages qui ont ébranlé l'exécutif.
Après de multiples recours à travers la France, plusieurs cortèges initialement interdits ont finalement été validés comme dans les Bouches-du-Rhône, où cinq villes accueilleront finalement des manifestations en plus de Marseille.
A Paris, le parcours du défilé prévu à 14H00 et imposé par la préfecture de police, de la Porte d'Italie à la Porte de Vincennes, a été entériné par une décision du tribunal administratif : les organisateurs, qui réclamaient un rassemblement place de la Bastille, ont annoncé se ranger à cette décision.
A Limoges, théâtre d'un retentissant incendie ayant touché l'Hôtel de Ville il y a une semaine, le tribunal a aussi tranché en faveur de la tenue d'une manifestation, estimant qu'il n'y avait pas suffisamment d'éléments précis et circonstanciés sur le risque de troubles à l'ordre public non maîtrisables.
- "Parfois pire" -
De premières tensions ont tout de même surgi en début de journée à Lyon, où un rassemblement d'environ 150 personnes, dans un périmètre interdit par la préfecture, a été dispersé par les forces de l'ordre avec des tirs de grenades lacrymogènes.
Toujours dans la cité rhodanienne, des appels à se rassembler à 14H00 sur une dizaine de places ont été diffusés sur les réseaux sociaux. Dans l'hyper-centre, des fourgons de CRS sont stationnés en enfilade à différents endroits et un hélicoptère de la gendarmerie survole la ville, a constaté l'AFP dans la matinée.
Des interdictions de manifester restent par ailleurs en vigueur à Nancy, Metz, Besançon, Belfort, Rouen, Le Havre ou Toulon.
Les pouvoirs publics craignent de nouvelles violences semblables à celles ayant émaillé le premier week-end de mobilisation et les commerçants ont parfois barricadé leur magasin, redoutant des pillages après que 3.000 boutiques ont été vandalisées il y a une semaine.
"L'interdiction c'est parfois pire. Manifester est un droit et, quand on interdit, c'est encore plus tentant", a estimé auprès de l'AFP une employée souhaitant rester anonyme à Rennes.
La journée "s'annonce compliquée de toute façon. On sait qu'on aura probablement des groupes disparates qui vont essayer de créer des incidents, soit piller des commerces, s'en prendre aux institutions, aux forces de sécurité intérieure", a déclaré le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, à des policiers mobilisés, à Paris.
Critiqué de toutes parts pour la gestion du week-end dernier, M. Nuñez a annoncé un dispositif "massif", avec 70.000 policiers et gendarmes mobilisés, notamment pour faire face à d'éventuels casseurs.
Militaires de la force Sentinelle, unités d'élite de la police et de la gendarmerie, comme le Raid ou le GIGN, hélicoptères et blindés sont déployés. Dans la capitale, des véhicules blindés Centaure se situent à proximité de l'Assemblée nationale et de l'Elysée, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Les gilets jaunes prévoient plus de 700 mobilisations en France, dont 500 manifestations : des actions sont prévues sur 86 ronds-points, 21 stations-service, deux dépôts pétroliers, 33 gares, trois ports, 17 ponts, 17 péages, selon une carte publiée sur leur site internet.
Les revendications sont diverses mais convergent autour du pouvoir d'achat, de la défense des services publics et de la justice fiscale et sociale.
Le week-end dernier, 550.000 personnes avaient défilé dans le pays, selon les autorités.
Depuis, des restrictions se sont multipliées au fil de la semaine dans de grandes villes, avec notamment des couvre-feux nocturnes et des interdictions de manifestations.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a affirmé vendredi soir que "le niveau de menace rest(ait) élevé", ciblant particulièrement "l'ultragauche" et "la délinquance".
- "Un sourire et un bisou" -
Face à ces interdictions et restrictions, les critiques fusent.
"Le maintien de l'ordre ne se gère pas avec un sourire et un bisou", a ironisé dans une interview à L'Opinion Patrice Faure, préfet de police de Paris.
Amnesty International a dénoncé "un glissement vers des pratiques autoritaires" et a vivement critiqué une "surenchère uniquement sécuritaire".
La Ligue des droits de l'homme (LDH) a réclamé l'envoi en France d'une mission d'observation sous l'égide des Nations unies, jugeant le maintien de l'ordre de ces dernières semaines "particulièrement chaotique et incohérent".
Autre point sensible du week-end : Orléans, où le congrès du Rassemblement national doit réunir plusieurs milliers de sympathisants, à six mois de l'élection présidentielle.
Sur place, quelque 11.000 personnes selon la préfecture, 26.000 selon les organisateurs, participaient samedi à midi à une manifestation contre "le racisme, le fascisme et l'impérialisme" à l'appel d'une cinquantaine d'organisations.
"Macron démission, Le Pen en prison", a notamment scandé la foule, a constaté l'AFP.
La préfecture a précisé que son estimation pouvait "encore évoluer", certaines personnes étant toujours en route pour rejoindre le cortège, alors que près de 3.000 membres des forces de l'ordre sont déployés.
Le maire d'Orléans a décrété l'instauration d'un couvre-feu sur l'ensemble de la commune durant les deux prochaines nuits pour les mineurs de moins de 15 ans.
L.Winkler--NRZ