Neue Rheinische Zeitung - Séries Mania 2026 : la montée des pouvoirs autoritaires au coeur des nouvelles créations

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Séries Mania 2026 : la montée des pouvoirs autoritaires au coeur des nouvelles créations
Séries Mania 2026 : la montée des pouvoirs autoritaires au coeur des nouvelles créations / Photo: © AFP

Séries Mania 2026 : la montée des pouvoirs autoritaires au coeur des nouvelles créations

Des histoires qui résonnent avec la peur des régimes autoritaires, le retour de Lucky Luke et un passage attendu de Dominique de Villepin vont animer le festival international Séries Mania à Lille, qui s'ouvre vendredi dans un contexte moins faste pour le secteur.

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De l'autrice de BD Pénélope Bagieu à l'actrice d'"Une bataille après l'autre" Chase Infiniti, en passant par Thomas Ngijol, Jean-Pascal Zadi, Olivier Gourmet ou Catherine Frot, une pluie de vedettes sont attendues sur le "tapis mauve" de la salle du Nouveau siècle, de la cérémonie d'ouverture vendredi à la remise des prix une semaine plus tard.

Installé dans la métropole du Nord depuis 2018, l'événement s'est imposé comme l'un des plus importants du genre, avec projections gratuites et animations tournées vers le public -plus de 100.000 spectateurs en 2025- ainsi qu'un forum professionnel qui attire producteurs et plateformes de streaming.

Les huit jours de "binge watching" (visionnage intensif) débutent avec l'avant-première mondiale de "The Testaments", suite attendue de la Servante écarlate, qui fera replonger les spectateurs dans la théocratie autoritaire de "Gilead", inspirée des célèbres romans de Margaret Atwood.

Créée par Bruce Miller, présent à Lille, la série se déroule des années après l'avènement de cette dictature patriarcale aux États-Unis, et suit de jeunes adolescentes endoctrinées, comme Agnes (Chase Infiniti), promise au statut d'épouse soumise dans une société ultra hiérarchisée. Mais la résistance ne désarme pas au fil des épisodes, qui débarquent le 8 avril sur Disney+.

L'œuvre de Margaret Atwood a un écho particulier ces dernières années, notamment aux États-Unis, où le costume porté par les "servantes écarlates" est devenu un signe de ralliement dans des manifestations anti-Trump.

- Diplomatie et fictions -

L'exploration des régimes autoritaires est l'une des tendances de l'année, parmi les 51 séries venues de 16 pays, présentées en ou hors compétition.

"En montrant le passé, ou en nous mettant face à des situations peut-être encore dystopiques mais à peine, les scénaristes se penchent sur ce qui peut arriver quand la démocratie perd de sa force", souligne à l'AFP la directrice de Séries Mania, Laurence Herszberg.

Ainsi, "Anatomia de un instante" retrace le coup d'État manqué de 1981 en Espagne, "Breendonk" plonge dans la Flandre occupée par l'Allemagne nazie, tandis que "Variola Vera" s'inspire de l'épidémie de variole en 1963 à Wroclaw pour dépeindre les tentatives du pouvoir d'étouffer la vérité.

"The Best Immigrant", va plus loin en imaginant, dans une Belgique gagnée par la xénophobie, un jeu télévisé où s'affrontent des immigrés menacés d'expulsion, à qui l'on fait cyniquement miroiter un droit au séjour.

Côté conférences, un an après avoir accueilli François Hollande, le festival va tendre le micro à Dominique de Villepin, qui n'exclut pas d'entrer dans la course pour 2027. L'ancien ministre des Affaires étrangères, qui a inspiré la BD et le film "Quai d'Orsay", s'exprimera mercredi sur la diplomatie dans les fictions.

- "Même pas peur" -

Laurence Herszberg promet aussi "des moments de joie et d'enthousiasme", avec une présentation de Lucky Luke, incarné par Alban Lenoir, juste avant sa diffusion sur Disney+, ou "Major Players", l'histoire de jeunes Londoniennes qui veulent à tout prix monter leur équipe de foot, et une exposition sur les "méchants" dans les séries intitulée "Même pas peur", où est attendu l'auteur de thrillers Maxime Chattam.

Signe d'un "tassement du marché", le festival a reçu quelque 380 séries, contre 450 l'année précédente, souligne la directrice du festival, pour qui "la créativité vient beaucoup des pays européens", alors qu'"on a reçu moins de séries américaines, et avec moins d'audace".

La crainte que les "séries (deviennent) lisses ... et ennuyeuses" sera au menu d'une table ronde sur le "risque d'autocensure" dans la création, conséquence de "l'interventionnisme politique ou actionnarial", selon le programme.

Le forum professionnel accueillera plusieurs plateformes, dont Disney+, Prime Video et HBO Max, qui pourrait bientôt fusionner avec Paramount+ après le rachat pour 110 milliards de dollars de sa maison mère, Warner Bros Discovery, par Paramount Skydance.

Q.Arndt--NRZ