À La Réunion, le téléphérique urbain séduit et s'apprête à prendre de l'altitude
Avec près de 5.000 voyages quotidiens, le téléphérique urbain de Saint-Denis de La Réunion s'impose, quatre ans après son inauguration, comme un succès et prépare déjà la suite avec une nouvelle ligne en projet qui se veut pionnière en matière d'énergie.
Toutes les 30 secondes, une télécabine ralentit avant d'entrer dans la station du Chaudron, au coeur du chef-lieu réunionnais. Les portes s'ouvrent, jusqu'à huit passagers en descendent. Un air de station de ski au beau milieu de la ville.
Après Brest en 2016, Saint-Denis fait figure de pionnière en France hexagonale et ultramarine. Inaugurée en mars 2022, sa ligne de métrocable, la première de l'océan Indien, relie sur 2,7 km le quartier du Chaudron à Bois-de-Nèfles, sur les hauteurs d'une ville qui s'étire du littoral jusqu'à 700 mètres d'altitude.
Cinq stations jalonnent le parcours de 270 mètres de dénivelé, dont un lycée et le campus universitaire. Wassim, 16 ans, l'emprunte chaque jour. "C'est beaucoup plus rapide que le bus, il n'y a pas d'embouteillages", explique-t-il.
Catherine Ludovic estime elle gagner "près de deux heures sur son trajet domicile-travail chaque jour". Daisy Séverin apprécie pour sa part "l'impression de flotter dans les télécabines", la "vue incroyable et le temps d'attente, imbattable".
Plus grande commune des outre-mer avec quelque 155.000 habitants, Saint-Denis vit une histoire d'amour avec son Papang, nom donné au téléphérique d'après l'appellation créole du busard de Maillard, rapace endémique de l'île.
"C'est un équipement qui dessert plusieurs établissements scolaires, vient compléter une offre de transport qui était insuffisante et permet de désengorger la ville", explique Jean-Jacques Fung, directeur général adjoint de la Communauté intercommunale du nord de La Réunion (Cinor).
"On atteint aujourd'hui 5.000 voyages par jour: c'est une fréquentation comparable à celle des lignes de bus les plus empruntées", ajoute-t-il.
- "Neutre en énergie" -
Forte de ce succès, l'intercommunalité prépare une deuxième ligne pour desservir La Montagne, quartier résidentiel de 12.000 habitants perché sur les hauteurs.
"C'est un quartier très prisé des habitants qui veulent se retirer de la ville", souligne M. Fung: "La route qui le dessert, sous forme de lacets, présente des risques d'éboulements et est sujette aux embouteillages".
Ce projet devrait aussi permettre de répondre aux enjeux de croissance urbaine, alors que la ville ne cesse de se développer en grignotant les collines.
"La population de La Montagne pourrait doubler", considère Jean-Jacques Fung, à l'image d'un territoire toujours plus attractif dont le nombre d'habitants - 896.200 en 2025 - augmente plus vite qu'en Hexagone.
Le projet, d'une cinquantaine de millions d'euros, devrait voir le jour d'ici fin 2029. Un coût jugé compétitif par la collectivité. "Une infrastructure routière aurait coûté des centaines de millions d'euros", assure M. Fung.
Le groupement retenu, mené par les groupes hexagonaux MND et Sogea et baptisé ZÈL La Montagne ("ailes" en créole), promet "le premier téléphérique urbain neutre en énergie" au monde.
L'installation est censée combiner récupération d'énergie lors des descentes et panneaux photovoltaïques pour atteindre un bilan carbone nul à l'exploitation.
Deux cabines de 50 places chacune relieront le bas de Saint-Denis au plateau en quatre minutes, franchissant une falaise de 308 mètres de dénivelé. Pour préserver une zone boisée, seuls deux pylônes seront installés, en entrée et sortie de ligne.
Reste une préoccupation: le manque de recul sur ces équipements encore rares en France. "Nous sommes à 10.000 kilomètres des entreprises qui les installent", reconnaît M. Fung: "Il ne faut pas qu'il y ait de problème."
H.Schmidtke--NRZ