En Cisjordanie, une vague de violences meurtrières menées par des colons israéliens
Quand des colons israéliens ont attaqué son village de Cisjordanie occupée, Milia Hamayel a supplié son fils de ne pas se joindre aux habitants qui tentaient de les repousser. En vain.
Thaer Hamayel compte parmi les six Palestiniens tués depuis début mars dans cette vague de violences.
A l'heure où le monde a les yeux rivés sur la guerre au Moyen-Orient, les derniers chiffres témoignent d'un emballement des attaques meurtrières menées par des colons israéliens dans le territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.
Pendant cette nuit du 7 au 8 mars, au moins 70 colons, selon les autorités locales, venus des environs, envahissent le village d'Abou Falah, au nord-est de Ramallah, et saccagent des fermes.
Milia Hamayel téléphone alors à son fils. "Ne pars pas, s'il te plaît, ne pars pas", implore-t-elle. "Je l'ai appelé deux ou trois fois de plus, mais il n'a pas répondu", raconte-t-elle à l'AFP, les lèvres tremblantes en regardant une photo encadrée du jeune homme.
Thaer, 30 ans, et un de ses proches, Farea Hamayel, 57 ans, seront tués par des tirs de colons en tentant de défendre le village. Un troisième villageois succombera après avoir inhalé du gaz lacrymogène tiré par l'armée israélienne, selon des sources palestiniennes et l'ONU.
L'armée a indiqué à l'AFP que des soldats avaient été envoyés à Abou Falah afin de disperser la foule. Elle a condamné la violence exercée par les colons et confirmé la mort de trois Palestiniens, dont l'un par asphyxie, sans préciser si des soldats étaient impliqués.
- "Occasion en or" -
Selon les autorités palestiniennes, six Palestiniens au total ont été tués depuis le 2 mars par des tirs de colons en Cisjordanie, en plus du villageois mort par asphyxie. Le dernier en date a été tué samedi dans le nord du territoire.
Par comparaison, jusqu'à début mars, 24 Palestiniens avaient été tués par des colons, selon l'ONU, depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza le 7 octobre 2023, qui avait déjà provoqué une flambée des violences en Cisjordanie.
"Lorsque la guerre avec l'Iran a commencé, les colons y ont vu une occasion en or", estime Ibrahim Hamayel, un autre villageois d'Abou Falah.
"La combinaison de l'usage croissant et meurtrier de balles réelles par les milices israéliennes et de l'extension des attaques visant de vastes communautés palestiniennes déjà établies indique une intensification des efforts de nettoyage ethnique menés par Israël, sous couvert de la guerre avec l'Iran", remarque l'ONG israélienne B'Tselem, qui suit la situation dans les territoires occupés.
Cette spirale de violence coïncide avec un durcissement depuis plusieurs mois du contrôle exercé par Israël sur la Cisjordanie, dénoncé par l'ONU comme une "annexion rampante" du territoire.
Plus de 500.000 Israéliens vivent en Cisjordanie - hors Jérusalem-Est - parmi environ trois millions de Palestiniens, dans des colonies que les Nations unies considèrent comme illégales au regard du droit international.
- "Pas à l'abri" -
Cinq jours plus tard, à Abou Falah, des taches de sang sont encore visibles sur la roche blanche, mêlées à la terre rougeâtre caractéristique de la Cisjordanie.
"Ils étaient tous masqués. Certains d'entre eux portaient des armes à feu", raconte Ibrahim Hamayel, en désignant l'endroit où Farea Hamayel est mort, dans une oliveraie.
Des cercles de pierres marquent les deux tombes. Un petit drapeau palestinien flotte sur l'une d'elles.
Les Palestiniens et des défenseurs israéliens des droits humains affirment que ces attaques, dont les auteurs ne sont quasiment jamais traduits en justice, visent à chasser méthodiquement les Palestiniens de leurs terres.
Selon l'ONU, 180 Palestiniens ont été déplacés par ces violences depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février et 1.500 depuis début 2026, soit déjà 90% du total atteint en 2025.
Mouath Qassam, un autre villageois de 32 ans, a lui aussi tenté de repousser les assaillants à Abou Falah.
"Ils m'ont frappé à la tête avec une matraque. J'ai perdu connaissance et je me suis réveillé à l'hôpital", dit-il à l'AFP depuis son domicile, un large pansement sur le front et des ecchymoses jaunissantes sous les yeux.
"Chaque jour, les colons établissent de nouveaux avant-postes" dans le village, raconte-t-il. "Nous ne sommes absolument pas à l'abri".
H.Schmidtke--NRZ