Ereinté par Trump, le pape dit ne pas avoir "peur" de l'administration américaine
Léon XIV a dit lundi ne pas avoir "peur" de l'administration américaine et avoir le "devoir moral" de s'exprimer en faveur de la paix, après que le président des Etats-Unis a lancé une attaque en règle contre lui pour son engagement contre la guerre au Moyen-Orient.
Dans l'avion le menant de Rome à Alger, première étape d'une tournée de 11 jours dans quatre pays d'Afrique, le pape américain a répondu aux journalistes l'accompagnant qu'il n'avait pas "l'intention d'entrer dans un débat" avec Donald Trump.
"Je n'ai pas peur, ni de l'administration Trump, ni de m'exprimer haut et fort sur le message de l'Evangile", a-t-il dit. "Je ne suis pas un politicien", a-t-il ajouté. "Le message est toujours le même: promouvoir la paix".
"Je crois que l'Eglise a le devoir moral de s'exprimer très clairement contre la guerre", a-t-il poursuivi, jugeant important de retrouver la voie de la diplomatie.
Le pape est "catastrophique en matière de politique étrangère", a ensuite écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social.
Répondant à ces critiques, les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l'Eglise catholique, tandis que la Première ministre italienne Giorgia Meloni – pourtant proche de M. Trump – lui a souhaité un voyage fructueux, dans ce qui peut être interprété comme un geste de soutien au pape.
Même le président iranien, Massoud Pezeshkian, lui a adressé un message sur X, condamnant "l'insulte faite à Votre Excellence au nom de la grande nation iranienne".
- "Esprit réconcilié" -
Par un temps pluvieux, Léon XIV, visiblement ému, y a déposé une gerbe de roses blanches avant de s'y recueillir en silence quelques instants.
La "paix qui permet d'envisager l'avenir avec un esprit réconcilié n'est possible que par le pardon", a-t-il déclaré en anglais, appelant à ne "pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération".
Devant le président Abdelmadjid Tebboune, les autorités et le corps diplomatique, Léon XIV a aussi invité les responsables du pays à "ne pas dominer" le peuple et à promouvoir "une société civile vivante, dynamique et libre".
Depuis l'élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l'espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains. Le pays reste traversé par des attentes fortes, notamment chez les jeunes.
- Haute sécurité -
L'après-midi, le pape visitera la Grande Mosquée, complexe monumental au plus haut minaret du monde (267 m), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger.
Au cours d'une célébration à dimension interreligieuse mêlant chrétiens et musulmans, le chef des 1,4 milliard de catholiques y lancera un appel à la fraternité dans le pays où l'islam sunnite est religion d'Etat et où les catholiques représentent moins de 0,01 % de la population de 47 millions d'habitants.
Ce déplacement ouvre la première grande tournée internationale du pape de 70 ans qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale (13-23 avril), un périple de 18.000 km à l'agenda très dense.
Malgré des routes ornées de fleurs et de drapeaux jaune et blanc du Vatican, la visite a débuté par des séquences très protocolaires et sous haute sécurité, sans contact avec la population, loin des traditionnels bains de foule au contact des fidèles.
Lundi, Léon XIV se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002).
K.Peters--NRZ