Yémen: plus de 120 morts dans l'offensive des rebelles houthis vers un détroit clé en mer Rouge
Les affrontements au Yémen entre forces progouvernementales et Houthis ont fait plus de 120 morts en deux jours, les plus meurtriers depuis des années, après l'offensive lancée par les rebelles pro-iraniens près du stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
Le bilan a été communiqué vendredi à l'AFP par des sources militaires et médicales, après cette attaque terrestre appuyée par des tirs de roquettes et des attaques de drones visant à s'emparer des zones bordant le détroit et ainsi consolider leur contrôle de cette voie maritime.
Le passage, qui permet de relier l'Asie à l'Europe via le canal de Suez, a considérablement gagné en importance depuis le début de la guerre au Moyen-Orient et le verrouillage par l'Iran du détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique.
En juillet, les rebelles ont annoncé un blocus maritime en mer Rouge contre Ryad - qui soutient le gouvernement yéménite -, et revendiqué des attaques contre plusieurs de ses pétroliers.
Ils ne tiennent aujourd'hui pas de secteurs donnant directement sur Bab el-Mandeb, mais contrôlent la grande ville portuaire de Hodeida, sur la mer Rouge plus au nord.
Dans le cadre de leur offensive, ils se sont emparés de secteurs stratégiques dans les hauteurs, qui pourraient leur offrir de nouvelles positions pour viser des navires.
Les rebelles cherchent également, selon des sources militaires gouvernementales interrogées par l'AFP, à isoler la cité portuaire de Mokha, proche du détroit, du reste des zones contrôlées par le gouvernement.
"Les Houthis se disent que s'ils prennent le contrôle de Bab el-Mandeb ou du port de Mokha, ils se retrouveront en meilleure position pour négocier avec le gouvernement et les Saoudiens", estime auprès de l'AFP Mohammed al-Basha, du cabinet de conseil en gestion des risques Basha Report.
- Renforts gouvernementaux -
Le bilan dans les rangs des troupes gouvernementales et de leurs alliés est passé de 39 à 66 morts, a affirmé un responsable militaire ayant requis l'anonymat, tandis que des sources médicales et sécuritaires ont fait état d'au moins 62 morts du côté des Houthis. Un civil a également été tué, selon une autre source médicale.
Ni les rebelles ni le gouvernement n'ont pour l'heure annoncé de bilan officiel.
Pour contrer l'offensive des Houthis et tenter de reprendre le contrôle de la zone, le gouvernement a envoyé des renforts depuis Aden - à la demande de Ryad d'après un responsable gouvernemental.
Le détroit Bab el-Mandeb est d'autant plus vital pour l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, qu'il est désormais sa principale route maritime accessible, depuis le verrouillage d'Ormuz par Téhéran.
Il est aussi stratégique pour le transport maritime international. Pendant la guerre à Gaza, les Houthis lançaient régulièrement lancé des attaques de drones et missiles en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, contraignant les bateaux à un immense détour - contourner l'Afrique -, pour rallier l'Europe.
Le Yémen a été le théâtre d'un conflit dévastateur entre forces gouvernementales, soutenues par Ryad, et rebelles houthis entre 2014 et 2022, lorsqu'une trêve est entrée en vigueur.
Les Houthis se sont emparés sur la période de vastes pans du territoire, dont la capitale Sanaa. Fragilisé, le gouvernement, réfugié à Aden (sud), avait reçu l'aide en 2015 d'une coalition militaire menée par Ryad.
Le pays a replongé dans la guerre en juillet, devenant le dernier pays en date à être entraîné dans le conflit régional déclenché par l'offensive américano-israélienne sur l'Iran fin février.
Des frappes attribuées à Ryad avaient alors visé l'aéroport de Sanaa, aux mains des Houthis, où l'Iran avait envoyé un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation du royaume saoudien, qui contrôle l'espace aérien yéménite.
Les rebelles multiplient depuis les attaques contre des sites militaires et des zones contrôlées par le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Ils ont aussi ciblé des infrastructures saoudiennes, notamment une raffinerie.
F.Meyer--NRZ