Sri Lanka: sept ans après les attentats de Pâques, les victimes toujours en quête de vérité
Sept ans déjà, et des plaies toujours à vif. Au Sri Lanka, les mystères qui entourent les circonstances des attentats jihadistes de Pâques 2019, les plus meurtriers de l'histoire du pays, n'ont toujours pas permis aux survivants de satisfaire leur exigence de justice.
Le dimanche 21 avril, des kamikazes se sont fait exploser dans trois hôtels de luxe et trois églises du pays, remplies de fidèles pour la messe pascale. Le bilan est très lourd: 279 morts, dont 45 ressortissants étrangers.
Les autorités ont aussitôt attribué la responsabilité du massacre à un mouvement jihadiste local qui avait prêté allégeance au groupe Etat islamique.
Mais depuis, l'Eglise catholique, la presse et l'enquête ont mis en lumière le rôle de l'armée dans la préparation des attentats et dénoncent un complot qui visait à semer le chaos au profit de l'ex-officier Gotabaya Rajapaksa, élu président en novembre 2019.
L'ancien chef de l'Etat, déchu en 2022 à cause d'une grave crise financière, a toujours démenti ces accusations.
Mercy Philomina Tissera, 60 ans, n'a rien oublié de ce jour de Pâques. Elle se trouvait près de la principale entrée de l'église Saint-Sébastien de Negombo, au nord de la capitale Colombo, lorsque un homme a fait sauter son sac à dos bourré d'explosifs.
"Soudain, j'ai senti quelque chose qui me frappait la tête", raconte la sexagénaire à l'AFP. "Je me suis dit +Oh mon Dieu+. C'est tout ce dont je me souviens".
- "Plus jamais" -
Mme Tissera a repris connaissance couverte de sang, en retenant de la main sa mâchoire disloquée pendant que des secouristes l'évacuaient vers l'hôpital. Elle est toujours sous traitement post-traumatique.
"Ma seule prière, c'est que tout ça ne se reproduise plus jamais", confie-t-elle.
Dinal Fernando, 52 ans, assistait lui aussi à la messe célébrée à Saint-Sébastien. Miraculeusement indemne, il a participé aux premiers secours. Ce cadre commercial a rejoint depuis les associations qui militent pour que justice soit rendue aux victimes et à leurs familles.
"Trois gouvernements se sont succédé depuis les attentats, mais ils ont tous tout fait pour éviter que la vérité n'éclate", s'indigne-t-il.
Avec d'autres, il maintient sa confiance au premier président de gauche de l'histoire du pays, Anura Kumara Dissanayake, élu en 2024 sur la promesse, entre autres, de faire la lumière sur ces attentats. Pour l'instant.
"Nous voulons savoir pourquoi nous avons été visés. Qui a fait ça?", insiste Dinal Fernando. "Ils (le gouvernement actuel) veulent aussi savoir, on garde espoir".
En février dernier, l'enquête a fait un bond spectaculaire, avec l'arrestation d'un premier suspect. Ancien haut responsable des services de renseignement à l'époque, le général à la retraite Suresh Sallay est accusé de "complicité dans l'organisation et l'exécution des attentats de Pâques".
- "Blessures" -
Jusque-là, la justice sri-lankaise s'était contentée de mettre en cause la seule négligence des autorités d'alors.
En janvier 2023, la Cour suprême a ainsi reproché au président Maithripala Sirisena et à son gouvernement de ne pas avoir tenu compte des mises en garde des services secrets indiens, qui les avaient informés deux semaines plus tôt de l'imminence d'une attaque.
La plus haute instance judiciaire du pays a condamné l'ex-chef de l'Etat et des responsables de ses forces de sécurité à verser 310 millions de roupies (environ 1 million de dollars) d'indemnités aux victimes.
A la tête du combat pour la vérité, le cardinal Malcolm Ranjith, chef de l'Eglise catholique sri-lankaise, regrette que l'affaire ait pris un tour politique.
"C'est malheureux", confie-t-il à l'AFP. "Cela blesse les gens qui ont perdu les leurs et qui souffrent."
Mardi, à l'occasion du 7e anniversaire des événements, il présidera une messe à l'église Saint-Anthony de Colombo, où 51 fidèles ont trouvé la mort, puis prendra la tête d'une marche pour la justice à Negombo.
"Tout ce que je peux dire, c'est que nous avons toujours espoir, nous attendons", déclare le prélat. "Mais si rien ne se passe, alors nous descendrons dans la rue. Car nous ne renoncerons jamais à notre combat pour la vérité et la justice. Jamais."
A.Pohl--NRZ